Margaux
Rebours
- Flammes pastorales -
Chaque année à la même saison, des lumières lointaines semblent s’agiter sur les montagnes à la tombée de la nuit.
Un matin, suite à l’observation de ce spectacle interrogateur, me voilà partie en vagabondage dans les vallées pyrénéennes.
Jumelles en main, je scrute l’horizon dans l’espoir d’apercevoir le vol bien caractéristique de ces rapaces à l’envergure démesurée,
qui me fascinent tant. Du vautour fauve au percnoptère d’Égypte en passant par le gypaète barbu, tous veillent sur leur territoire avec grande attention. Mes yeux trébuchent sur les diverses matières qui composent les lieux, les enchevêtrements bien pensés du
végétal et la valse des ombres aux traits lumineux qui les dépeignent.
Il est facile de se heurter face à la beauté d’un paysage et la surprise d’une rencontre.

Ce jour-là, le temps était particulièrement calme, seul le cri reculé d’un milan noir se faisait entendre, mais la faune sauvage
semblait avoir déserté les parages. Ce qui attisa davantage ma curiosité et me poussa à continuer mon chemin. Finalement,
il ne me fallut pas longtemps dans ma contemplation pour trouver l’auteur de mes questionnements. Les palpitations se faisant
de plus en plus intenses, je ressentais cette chaleur ambiante se refléter sur les roches environnantes, tandis que mon corps prostré commençait à sentir des effluves irritantes. L’horizon se gorgeait d’une atmosphère inhabituelle, tandis que mes pensées volatiles s’entrechoquaient. Les feux pastoraux étaient en action pour redessiner les alpages.



Accroché aux cimes, le panache de fumée esquisse un tableau dévastateur.
Les flammes carminées dansent parmi la végétation, ne laissant derrière elles que la seule trace d’une ombre.
Un grondement incessant résonne aux creux des rivières, faisant trembler les pans rocheux et pâlir de jalousie les orages les plus sensationnels. Les montagnes s’embrasent aidées par la main de l’Homme. Le feu dévale les pentes absorbant avec lui l’air printanier,
il y règne alors une sombre mélancolie dans ce paysage devenu charbonneux. L’odeur de brûlé vient peu à peu envahir l’atmosphère, apportant avec elle une pluie de cendres qui s’abat fougueusement sur les vallées pyrénéennes au gré du vent. Les habitations alentour barricadent leurs fenêtres pour tenter d’échapper à cette poussière grisâtre et autres particules encore fumantes tombant de part et d’autre. Les résidants le savent, à ce moment-là la qualité de l’air devient mauvaise et nocive pour la santé puisque divers polluants sont émis lors de la combustion des végétaux. L’absence d’animaux se fait tristement comprendre. Tentent-ils d’échapper à ce spectacle ? Sont-ils déjà fossilisés quelque part devant nos yeux ? Les questions fusent, les prairies habituellement pleines de vie sont désormais noires et blanches. Faune et flore ont été effacées comme craie au tableau, afin d'écrire une nouvelle page où la résilience sera de mise, mais jusqu’à quand ?




L'écobuage ou les feux pastoraux, qu'est-ce que c'est ?
L’écobuage est une pratique ancienne qui consiste à débroussailler par le feu les pâturages d’estive qui sont peu facile d’accès,
notamment pentus et rocailleux. Une manière efficace et peu coûteuse qui perdure dans le temps mais qui a aussi bien évolué,
les agriculteurs étant moins nombreux mais avec plus d’étendue. Cela réduit la quantité de matière inflammable et contribue au
maintien d’une herbe de qualité en fertilisant les sols grâce à la cendre. Autrefois, de petites parcelles brûlaient, puis les cendres étaient dispatchées; de nos jours, davantage de terrains sont enflammés malgré les nombreux risques que cela comporte.
Les vastes prairies verdoyantes et dépourvues d’arbustes reçoivent une subvention européenne (la prime PAC).





Ce reportage photographique a pour but de sensibiliser à l’écobuage,
faire connaître cette pratique et pousser à la réflexion ou simplement la contemplation.
Elle a été construite autour des ressentis qui m’ont marqué lorsque j’ai assisté à ces scènes particulières.
Tantôt illusion picturale aux pigments chauds, tantôt perception du réel.

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